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  "text": "Après avoir fini les pancakes de Tom, Jane emmena Ziggy à l’école.\n« Tu vas dire à Max d’arrêter d’embêter Amabella ? demanda-t-il tandis qu’elle se garait.\n– Un adulte va lui parler, répondit-elle en coupant le contact. Probablement pas moi. Miss Barnes, peut-être. »\nJane ne savait pas comment gérer la situation. Quel était le meilleur moyen ? Foncer directement dans le bureau de la directrice, là, tout de suite ? S’entretenir avec miss Barnes, qui serait plus encline à croire que Ziggy ne cherchait pas simplement à se dédouaner en accusant un autre enfant ? Ce serait préférable. D’autant que miss Barnes savait que Celeste et Jane s’étaient liées d’amitié. Elle comprendrait que les choses pouvaient s’avérer délicates.\nMalheureusement, à l’heure qu’il était, l’institutrice faisait la classe. Jane ne pouvait pas lui demander de laisser les enfants. Elle n’avait d’autre choix que de lui envoyer un courriel pour lui demander de la rappeler.\nEn même temps, elle avait besoin d’en parler sur-le-champ. Peut-être ferait-elle mieux d’aller voir Mrs Lipmann ?\nMais pourquoi tant d’empressement ? Amabella n’était pas en danger de mort. Apparemment, l’assistante maternelle ne la quittait pas des yeux. L’impatience de Jane reflétait un désir purement égocentrique : celui de rapporter. Ce n’était pas mon fils ! C’était le sien !\nEt la pauvre Celeste dans tout ça ? Jane ne devrait-elle pas, avant toute chose, lui passer un coup de téléphone ? La prévenir ? C’était sûrement ce que ferait une amie digne de ce nom. Il y avait quelque chose de moche, de sournois, à accuser son fils dans son dos. Elle supporterait mal que cette histoire affecte leur amitié.\n« Allez, maman, fit Ziggy avec impatience. On descend ! Pourquoi tu regardes dans le vide comme ça ? »\nJane défit sa ceinture puis se tourna vers Ziggy, prêt à sortir. « Tu as bien fait de tout me dire à propos de Max, mon grand.\n– Je t’ai rien dit du tout ! protesta Ziggy, l’air indigné, voire horrifié, en lâchant la poignée de la portière.\n– Désolée, désolée ! Non, bien sûr, tu ne m’as rien dit. Absolument rien.\n– Parce que j’ai promis à Amabella de jamais, jamais le dire à personne. » Ziggy se dressa contre le siège de Jane, le visage fou d’inquiétude à deux centimètres de celui de sa mère. Il avait encore du sirop collé aux babines.\n« C’est vrai. Et tu as tenu ta promesse. » Jane se lécha le doigt pour lui nettoyer la bouche.\n« J’ai tenu ma promesse, confirma Ziggy en esquivant son doigt. Je suis fort pour ça.\n– Bon, tu te souviens, à la matinée d’intégration, quand Amabella a dit que c’était toi qui l’avais étranglée ? Pourquoi est-ce qu’elle a fait ça ?\n– Max a dit que si elle le dénonçait, il recommencerait quand les adultes ne regardent pas. Alors Amabella m’a montré du doigt. » Il haussa les épaules, visiblement lassé de la conversation. « Elle m’a demandé pardon. J’ai dit que c’était pas grave.\n– Tu es un très gentil garçon, Ziggy. » Et tu n’as rien d’un psychopathe ! pensa Jane. Le psychopathe, c’est Max !\n« Je sais.\n– Et je t’aime.\n– On peut y aller, maintenant ?\n– Absolument. »\nZiggy descendit l’allée qui menait au portail en sautillant, son cartable rebondissant sur ses épaules, tel un bienheureux.\nÀ quelques mètres derrière lui, Jane se prit à sourire. Son fils ne se faisait pas tarabuster par un autre enfant. S’il était anxieux, c’était parce qu’il avait courageusement, bêtement, gardé un secret. Même lorsque Mrs Lipmann l’avait interrogé, il n’avait pas craqué. Il avait tenu bon. Pour Amabella. Brave petit soldat. Ziggy, une brute ? Pas le moins du monde. C’était un héros.\nCela dit, il n’était pas très futé : s’imaginer que dénoncer à l’écrit, ce n’était pas rapporter ! Mais il n’avait que cinq ans. Et il cherchait désespérément une porte de sortie.\nZiggy ramassa un bâton sur le trottoir puis l’agita au-dessus de sa tête.\n« Pose ce bâton, Ziggy ! » s’écria Jane.\nIl s’exécuta puis, à droite toute, longea la maison de Mrs Ponder.\nJane poussa le bâton hors de l’allée d’un coup de pied avant de le suivre. Qu’avait pu dire Max pour qu’une fillette aussi intelligente qu’Amabella en vienne à penser qu’il valait mieux se taire ? L’avait-il réellement menacée de la faire mouru ? Amabella avait-elle sincèrement cru qu’il en était capable ?\nJane réfléchit à ce qu’elle savait de Max. En dehors de sa tache de naissance, elle n’arrivait pas à le différencier de son jumeau. Elle s’était dit qu’ils avaient aussi la même personnalité.\nElle voyait Max et Josh comme d’adorables chiots turbulents. Avec leur énergie sans fin et leur grand sourire effronté, ils lui avaient donné l’impression d’être tellement simples, le genre d’enfants qu’il fallait nourrir, baigner, faire courir – physiquement éreintants en somme. Tout le contraire de Ziggy, si souvent songeur, impassible et énigmatique que l’élever s’avérait parfois mentalement très éprouvant.\nComment Celeste réagirait-elle en apprenant ce que Max avait fait ? Jane n’en avait aucune idée. Elle imaginait parfaitement la réaction de Madeline (sonore et excessive) mais elle n’avait jamais vu Celeste vraiment en colère contre ses fils. Bien sûr, elle s’énervait, s’impatientait, mais elle ne criait jamais. Elle semblait si souvent nerveuse et préoccupée, s’étonnant comme au premier jour de l’existence de ses enfants lorsqu’ils accouraient vers elle sans prévenir.\n« Bonjour, bonjour ! On a eu une panne de réveil, ce matin ? demanda Mrs Ponder qui arrosait les plantes dans son jardin.\n– Nous avions un rendez-vous, répondit Jane en souriant.\n– Alors, dites-moi, mon petit, vous vous déguisez en Audrey ou en Elvis demain soir ? » Mrs Ponder lui décocha un sourire malicieux plein d’entrain.\nJane ne comprit pas tout de suite de quoi elle parlait. « Audrey ou Elvis ? Oh, la soirée quiz ! » La soirée lui était complètement sortie de la tête. Madeline avait réservé une table pour leur petit groupe mais c’était avant les récents événements : la pétition, l’« agression » du bac à sable. « Je ne suis pas certaine de…\n– Oh, mais je vous taquinais, mon petit ! Je me doute bien que vous irez en Audrey. Vous avez tout à fait la silhouette qu’il faut. Au fait, vous seriez ravissante avec une de ces coupes courtes. Comment ça s’appelle, déjà ? À la garçonne !\n– Oh, fit Jane en passant la main sur sa queue-de-cheval. Merci.\n– À propos, mon petit, poursuivit Mrs Ponder sur le ton de la confidence, Ziggy a l’air de pas mal se gratter. »\nLa vieille dame prononça « Ziggy » comme si c’était un surnom hilarant.\nJane regarda son fils. Il se grattait vigoureusement la tête tout en s’accroupissant pour examiner quelque chose dans l’herbe.\n« En effet, dit Jane poliment. Et alors ?\n– Vous avez vérifié ?\n– Vérifié quoi ? demanda Jane, consciente qu’elle n’était peut-être pas très vive aujourd’hui.\n– S’il a des petits habitants. Vous savez, des poux.\n– Oh ! fit Jane en plaquant la main sur sa bouche. Non ! Vous croyez que… oh, non ! Je ne… Quelle horreur ! Oh ! »\nMrs Ponder se mit à glousser. « Vous n’en avez jamais eu, petite ? Ça existait déjà, de votre temps !\n– Non ! Je me souviens qu’une fois, il y a eu une épidémie dans mon école, mais j’ai dû y échapper. Je déteste les bestioles. » Elle frémit. « Oh, mon Dieu !\n– Eh bien moi, je les connais par cœur, ces chères bêbêtes ! Pendant la guerre, nous autres infirmières, on en a toutes attrapé. Ce n’est pas du tout une question de propreté ou d’hygiène, si ça peut vous rassurer. Simplement, c’est très pénible. Ziggy, viens-là, mon grand ! »\nZiggy approcha tranquillement. Mrs Ponder cassa une petite branche de rosier dont elle se servit de peigne. « Lentes et poux ! » s’exclama-t-elle d’un air satisfait pile au moment où Thea passait en courant avec une boîte à repas. « Il en est farci. »\n*\nTHEA : Harriette avait oublié sa boîte à repas. Je repasse à l’école en trombe pour la lui déposer – j’avais mille choses à faire ce jour-là – et qu’est-ce que j’entends en passant le portail ? Que Ziggy est farci de poux ! Si, elle l’a ramené chez elle, mais sans Mrs Ponder, elle l’aurait laissé à l’école. Et puis, pourquoi a-t-il fallu qu’elle demande à une vieille dame de vérifier si son gamin avait des poux, d’abord ?",
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