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  "text": "« Je viens juste de parler à Jane. Je l’ai invitée avec Ziggy, pour que les enfants puissent jouer à la maison la semaine prochaine, annonça Madeline, en ligne avec Celeste. Je crois que tu devrais venir avec les garçons, toi aussi. Au cas où la conversation s’essoufflerait.\n– Bien, dit Celeste. Merci beaucoup. Un après-midi de jeu avec le petit garçon qui…\n– Oui, oui, le petit étrangleur. Mais, tu sais, nos enfants sont loin d’être des anges.\n– À propos, j’ai rencontré la mère de la gamine hier en allant chercher les uniformes des garçons. Renata. Elle conseille à sa fille d’éviter Ziggy à tout prix et m’a suggéré de tenir le même discours à Josh et Max.\n– Elle n’a aucun droit de te dire une chose pareille ! s’offusqua Madeline, la main crispée sur le combiné.\n– Je crois qu’elle est simplement inquiète…\n– C’est un enfant de cinq ans ! On ne peut pas le black-lister avant même son premier jour d’école !\n– Eh bien, je ne sais pas, ça se comprend quand même, de son point de vue, je veux dire, si ça arrivait à Chloe, j’imagine que tu… »\nMadeline tendit l’oreille à mesure que la voix de Celeste s’estompait. C’était fréquent : une minute, Celeste bavardait tout à fait normalement, la minute d’après, elle décrochait, l’esprit vagabond et lointain.\nLes deux femmes devaient d’ailleurs leur rencontre à l’un de ces moments de rêverie. Chloe et les jumeaux, alors âgés de deux ou trois ans, fréquentaient le même club de natation. Ils attendaient au bord du bassin tandis qu’un autre enfant s’exerçait à faire la planche et la nage du petit chien sous l’œil attentif du maître nageur. Madeline avait déjà remarqué la superbe femme qui assistait au cours depuis les gradins mais n’avait jamais pris la peine de lui parler. D’ordinaire, elle surveillait Fred de près – à tout juste quatre ans, son fils lui donnait déjà du fil à retordre. Mais ce jour-là, il dégustait une glace avec bonheur, laissant à sa mère tout le loisir de regarder Chloe dans l’eau. Tout à coup, elle remarqua qu’il n’y avait qu’un jumeau sur le bord.\n« Hé ! cria-t-elle au maître nageur. Hé ! »\nElle chercha leur magnifique mère et l’aperçut, debout, les yeux dans le vague. « Votre petit garçon ! » fit-elle. Toutes les têtes se tournèrent au ralenti. Le surveillant de baignade, lui, restait introuvable.\n« Bordel de merde ! » dit Madeline. Ni une, ni deux, elle se jeta dans le bassin tout habillée – sans même avoir retiré ses talons hauts – et remonta à la surface avec le petit Max qui s’étouffait d’avoir bu la tasse.\nMadeline avait incendié tous ceux qui se trouvaient à la ronde tandis que Celeste, serrant ses deux garçons tout mouillés contre elle, lui adressait des mots de remerciements entre deux sanglots. L’école de natation avait présenté les excuses les plus obséquieuses tout en restant incroyablement évasive. L’enfant ne s’était pas trouvé en danger ; ils étaient navrés que les apparences aient pu sembler différentes ; ils allaient de toute évidence réviser leurs procédures.\nElles avaient toutes deux retiré leurs enfants du club, et Celeste, en sa qualité d’ancienne avocate, leur avait adressé un courrier, exigeant un dédommagement pour les chaussures de Madeline, irrécupérables, et le nettoyage à sec de sa robe, ainsi que le remboursement de la totalité des frais d’inscription.\nElles s’étaient donc liées d’amitié. Et lorsque Celeste lui avait présenté son mari, Madeline avait compris que, pour Perry, elles s’étaient rencontrées au club de natation, point. Il n’était pas toujours utile de tout raconter à son mari.\nPour l’heure, Madeline changea de sujet.\n« Perry est-il reparti ? Pour où, cette fois ?\n– Vienne, répondit Celeste qui s’exprimait de nouveau distinctement. Il est parti, oui. Pour trois semaines.\n– Il te manque déjà ? » demanda Madeline pour plaisanter.\nSilence.\n« Tu es toujours là ?\n– J’aime bien manger des tartines salées au dîner, dit Celeste.\n– Oh, oui ! Moi, je mange un yoghourt et des biscuits au chocolat quand Ed est en déplacement ! Mon Dieu ! Pourquoi j’ai l’air si fatiguée ? »\nAssise sur le lit dans la chambre d’amis – une pièce qui servait surtout à plier le linge, passer des coups de fil et envoyer des e-mails –, Madeline venait d’apercevoir son reflet dans la porte miroir de l’armoire. Elle s’en approcha.\n« Peut-être parce que tu es fatiguée », répondit Celeste.\nMadeline passa son doigt sous son œil. « J’ai pourtant dormi comme un loir ! Tous les jours, je me dis, ouh là là, tu as l’air un peu fatiguée aujourd’hui, mais je me suis rendu compte il n’y a pas si longtemps qu’en fait, ça n’a rien à voir avec la fatigue, c’est juste la tête que j’ai maintenant.\n– Les concombres, non ? Contre les traits bouffis, ce n’est pas ça, le remède miracle ? » dit Celeste pour donner le change. Madeline savait pertinemment que son amie ne nourrissait absolument aucun intérêt pour tout un pan de la vie de femme que Madeline, elle, adorait : vêtements, soins de la peau, parfums, bijoux, accessoires. Parfois, Madeline regardait Celeste avec ses longs cheveux blond vénitien ramassés négligemment et rêvait de jouer avec elle comme s’il s’agissait d’une poupée Barbie.\n« Mon Dieu, où est passée ma jeunesse ? »\nCeleste ricana.\n« Je sais que je n’étais pas si belle que ça au départ…\n– Tu es encore très belle », l’interrompit Celeste.\nJetant un dernier coup d’œil à son reflet, Madeline fit la moue. Elle ne voulait pas l’admettre car elle aurait aimé être au-dessus de ce genre de considérations, ô combien superficielles, mais le passage du temps qui marquait son visage la déprimait vraiment profondément. C’était l’état du monde, et non celui de sa peau de plus en plus fripée, qui aurait dû l’accabler. Chaque fois qu’elle voyait une nouvelle preuve du vieillissement de son corps, une honte irrationnelle s’emparait d’elle, comme pour lui signifier qu’elle pourrait faire davantage d’efforts. Pendant ce temps, Ed devenait de plus en plus sexy à mesure que les rides autour de ses yeux se creusaient et que ses cheveux grisonnaient.\nElle se rassit sur le lit et se mit à replier des vêtements.\n« Bonnie est venue chercher Abigail aujourd’hui, confia-t-elle à Celeste. Sur le pas de la porte, avec son fichu à carreaux rouges et blancs noué sur la tête, elle ressemblait à, je ne sais pas, à une cueilleuse de fruits suédoise, et Abigail est sortie de la maison en courant. En courant, tu te rends compte ? Comme si sa seule envie, c’était d’échapper à la vieille sorcière qui lui sert de mère.\n– Ah, fit Celeste. Je comprends mieux.\n– Parfois, j’ai l’impression que je suis en train de la perdre. Je la sens qui s’éloigne et je voudrais la retenir, lui dire : Abigail, il t’a abandonnée, toi aussi. Il nous a abandonnées toutes les deux. Mais bien sûr, je dois me conduire en adulte. Le pire dans tout ça, c’est que je crois qu’elle est plus heureuse au sein de leur stupide famille à méditer et à manger des pois chiches.\n– En aucun cas.\n– Sûr ? Je déteste les pois chiches.\n– Vraiment ? J’aime bien, moi. C’est sain. Pour toi aussi, d’ailleurs !\n– Ah, tais-toi ! Bon, tu amènes les garçons pour jouer avec Chloe et Ziggy ? J’ai le sentiment que cette pauvre petite Jane va avoir besoin de soutien cette année. Soyons ses amies, prenons soin d’elle.\n– Bien sûr, nous viendrons. J’apporte des pois chiches. »\n*\nMRS LIPMANN : Non. Les soirées organisées par l’école n’avaient jamais terminé en effusion de sang. Je trouve votre question insultante et provocatrice.",
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