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  "text": "Oh, calamité, songea Madeline.\nParfait. Elle venait de se lier d’amitié avec la mère d’une petite brute. Il lui avait semblé si mignon et si doux dans la voiture. Dieu merci, il n’avait pas essayé d’étrangler Chloe. Ç’aurait été délicat. Sans compter que sa fille l’aurait envoyé au tapis d’un crochet du droit.\n« Jamais Ziggy ne… », commença Jane.\nSon visage avait perdu toute couleur. Elle se retrouva bientôt seule, horrifiée, au centre d’un cercle qui s’élargissait à mesure que les autres parents s’éloignaient d’elle à petits pas.\n« Ce n’est pas grave, dit Madeline. Ce sont des enfants ! Ils ne sont pas encore très civilisés !\n– Excusez-moi », fit Jane en assumant sa position au milieu de la petite foule telle une comédienne qui fait son entrée en scène. Elle posa la main sur l’épaule de Ziggy. Madeline en fut bouleversée. Jane semblait si jeune qu’elle aurait pu être sa fille. À vrai dire, elle lui rappelait un peu Abigail : ce même caractère ombrageux, cette même timidité, cette même froideur.\n« Oh là là, dit Celeste, chagrinée. C’est affreux.\n– J’ai rien fait du tout, répéta Ziggy d’une voix ferme.\n– Ziggy, nous voulons juste que tu présentes tes excuses à Amabella, rien de plus », dit miss Barnes.\nRebecca Barnes avait eu Fred dans sa classe l’année où elle avait commencé à enseigner. Elle avait beau être compétente, elle n’en restait pas moins très jeune et un peu trop soucieuse de plaire aux parents. Madeline ne voyait aucun inconvénient à ce que l’on satisfasse ses desiderata, mais dans le cas présent, le parent, c’était Renata Klein. Pour être honnête, n’importe quel parent exigerait des excuses si son enfant s’était fait brutaliser par un autre, mais Renata semblait prête à tout pour obtenir réparation. Évidemment, elle était d’autant plus agressive qu’elle venait de passer pour une idiote devant tout le monde en prenant Jane pour une nounou. Elle détestait passer pour une idiote. Ses enfants étaient des génies, après tout. Elle avait une réputation à maintenir. Des décisions à prendre en conseil d’administration.\nJane regarda Amabella. « Ma chérie, est-ce que tu es sûre que c’est ce garçon qui t’a fait mal ?\n– Ziggy, peux-tu dire pardon à Amabella, s’il te plaît ? Tu lui as vraiment fait mal, s’interposa Renata sans méchanceté mais fermement. Ensuite, chacun pourra rentrer chez soi.\n– Mais c’était pas moi », répondit Ziggy en la regardant droit dans les yeux.\nMadeline retira ses lunettes de soleil et se mit à mordiller une des branches. Et si ce n’était pas lui ? Se pouvait-il qu’Amabella se trompe ? Non, c’était une surdouée ! Et, il fallait bien le reconnaître, une petite fille plutôt adorable. Elle était déjà venue à la maison pour jouer avec Chloe. Madeline l’avait trouvée très facile à vivre, laissant Chloe lui donner des ordres et la cantonner au second rôle quel que soit leur jeu.\n« Arrête de mentir », dit Renata d’un ton brusque. Son petit numéro de courtoisie – voyez comme j’arrive à rester aimable, même avec le gamin qui vient d’étrangler ma fille – ne pouvait pas durer éternellement. « Tu n’as qu’à demander pardon. »\nCes derniers mots suscitèrent chez Jane une réaction physique immédiate, instinctive, semblable à celle d’un serpent qui se dresse. Elle se raidit, leva le menton puis : « Ziggy n’est pas un menteur.\n– Eh bien, je peux vous assurer qu’Amabella dit la vérité. »\nDans l’assistance, plus un bruit. Même les enfants se turent, à l’exception des jumeaux de Celeste qui se couraient après en jouant aux ninjas.\n« Bon, j’ai l’impression que nous sommes dans une impasse. » Miss Barnes ne savait manifestement pas du tout quoi faire. Elle n’avait que vingt-quatre ans, bon sang !\nChloe réapparut aux côtés de Madeline, haletante, suite aux acrobaties auxquelles elle s’était adonnée au portique d’escalade. « Je veux me baigner, annonça-t-elle.\n– Chut », fit Madeline.\nChloe soupira. « Est-ce que je pourrais me baigner s’il te plaît, maman ?\n– Chut. »\nMadeline avait mal à la cheville. Sa journée d’anniversaire ne tenait pas du tout ses promesses. Ah non, vraiment ! Tu parles d’une fête ! Pfff ! Il fallait qu’elle retourne s’asseoir. D’urgence. Pourtant, elle ne trouva rien de mieux à faire que de se jeter au cœur de l’action.\n« Renata, dit-elle, tu sais comment sont les enfants… »\nL’intéressée lui lança un regard furieux. « Cet enfant doit assumer la responsabilité de ses actes. Il doit apprendre qu’il y a des conséquences. Il ne peut pas étrangler ma fille et raconter qu’il n’a rien fait ! En quoi ça te regarde, de toute façon, Madeline ? Mêle-toi de tes oignons. »\nMadeline se hérissa. Elle cherchait à aider, rien de plus ! Et franchement, « Mêle-toi de tes oignons ! », c’était tellement pitoyable comme expression ! Le conflit concernant la sortie théâtre réservée aux enfants surdoués avait sans aucun doute exacerbé la susceptibilité des deux femmes, même si elles étaient soi-disant restées amies.\nÀ vrai dire, Madeline aimait bien Renata, mais depuis le début, il y avait eu une forme de rivalité entre elles. « Sincèrement, je m’ennuierais à mourir si je devais être mère à plein temps », lui avait dit Renata à plusieurs reprises. Ses propos n’avaient rien d’insultant car Madeline ne comptait pas vraiment parmi les femmes au foyer – elle travaillait à temps partiel – mais quand même, ils sous-entendaient toujours que la brillante Renata avait davantage besoin d’être stimulée sur le plan intellectuel parce que Madame faisait carrière alors que Madeline n’avait rien de plus qu’un emploi.\nPour couronner le tout, le fils aîné de Renata, Jackson, avait acquis une certaine notoriété à l’école pour avoir remporté plusieurs tournois d’échecs alors que Fred, le garçon de Madeline, était entré dans les annales de Pirriwee Public pour avoir courageusement grimpé à l’immense figuier et sauté sur le toit de la salle de musique – dangereusement éloigné – dans le but de récupérer trente-quatre balles de tennis. (On avait dû appeler les pompiers à sa rescousse. Sa cote de popularité avait atteint des sommets.)\n« C’est pas grave, maman », dit Amabella en levant des yeux pleins de larmes vers sa mère. Les marques de doigts autour de son cou étaient toujours visibles.\n« Si, c’est grave. » Puis, se tournant vers Jane : « Votre enfant doit s’excuser. Faites-le obéir, s’il vous plaît.\n– Renata, dit Madeline.\n– Reste en dehors de ça.\n– Elle a raison, Madeline, dit Harper qui était toujours d’accord avec Renata. Nous n’avons pas à nous en mêler.\n– Je suis désolée, mais il dit que ce n’est pas lui, je ne le forcerai pas à s’excuser, répondit Jane.\n– Votre enfant ment, reprit Renata, le regard animé par la colère.\n– Je ne crois pas, dit Jane en levant le menton.\n– Maman, je veux juste rentrer à la maison maintenant, s’il te plaît. » La fillette se mit à sangloter pour de bon. La nounou, qui avait observé la scène en silence, la prit dans ses bras. Le visage blotti contre son cou, Amabella se laissa aller contre la jeune fille. Renata serra les poings. Une veine gonflée lui barrait le front.\n« Ceci est totalement… inacceptable », dit-elle à la pauvre miss Barnes, qui se demandait probablement pourquoi ils n’avaient pas traité ce genre de situations en formation.\nRenata se pencha sur Ziggy et lui souffla au visage : « Ne t’avise pas de refaire mal à ma petite fille, sinon tu auras affaire à moi.\n– Hey ! » intervint Jane.\nRenata l’ignora superbement puis, se tournant vers la nounou : « Allons-y, Juliette. »\nElles traversèrent la cour d’un pas décidé tandis que les autres parents faisaient mine de s’occuper de leurs enfants.\nZiggy se gratta le nez, leva les yeux vers sa mère et dit : « Je crois que je n’ai plus envie de revenir à l’école. »\n*\nSAMANTHA : Tous les parents sont convoqués au commissariat pour faire une déposition. J’attends toujours mon tour. J’en ai mal au ventre. Ils en concluront probablement que j’ai quelque chose à me reprocher. Sérieusement, il suffit que je voie une voiture de police pour avoir mauvaise conscience.",
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